Je dois à Friedrich Nietzsche, non pas un goût pour les camps de concentration qu'il souhaitait pour les prêtres, ni pour la destruction de village comme blague d'étudiant, ni pour l'obéissance aux forts, mais un goût pour une petite méthode morale que je me suis permis d'amplifier, - la trouvant un peu étroite.

   Au hasard d'une lecture dont je n'ai absolument pas la source à présent, il "m"'invitait à lire le théâtre en me cherchant moi-même dans les personnages : héros ou bouffon, victime ou traître ? Ainsi, dans l'Othello de William Shakespeare, ne serais-je pas un peu Iago ? Iago est le Traitre type.

   Non lecteur, que tu me connaisses ou non, je ne cherche pas à savoir si je suis le traitre type; eh quoi ! il n'existe pas de type pur.

   Après ma découverte, j'ai très vite élargi cette petite méthode morale à la lecture des Moralistes, français surtout (mais en existe-t-il ailleurs ?).

   Donc camarade, si tu lis les Maximes de François VI duc de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, les Fables de Jean de la Fontaine, les pièces de Molière, non pas à distance, mais en t'y cherchant à fond, non pas dans une figure, un modèle, un type tout fait, mais à travers des tendances, des traits, des habitudes, des gestes, des paroles, etc.; si tu lis de la sorte donc, tu t'y trouveras toi-même, mais sans les vérités que tu t'es inventées, ni ta prétention à la vérité.

   Pour ma part, je ne cesse de chercher encore. Je taille dans la vilaine, ô très vilaine, mauvaise foi, l'orgueil ou l'amour-propre. Et je ne crains ni le feu ni la glace, je ne crains que l'"abîme".

 

             Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes :

             On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

                         Le Fabricateur souverain

              Nous créa Besaciers tous de même manière,

              Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui :

              Il fit pour nos défauts la poche de derrière,

              Et celle de devant pour les défauts d'autrui.

                                                                                                     Jean de la Fontaine, fable 7, livre 1.